Pinock Smith est un artisan traditionnel de la communauté de Kitigan Zibi Anishinabeg. Son travail, réalisé et partagé dans l’authenticité et l’amour de la tradition, a fait rayonner la culture anicinabe partout au Canada et à l’étranger. Bien qu’il soit bien connu pour ses canots d’écorce de bouleau, il maîtrise également la confection de toboggans, de wigwam, de tikinagan, de pagaies, de tambours et de paniers d’écorce, pour n’en nommer que quelques-uns. Il a aussi prêté son talent à des projets mêlant tradition et art moderne. Pinock est avant tout animé d’une forte volonté de partage, laquelle l’a amené à donner de nombreuses démonstrations et ateliers portant sur l’artisanat et la tradition – il est notamment apparu dans les séries télévisées Bushcraft Survival et Northern Wilderness, montrant à l’écran la fabrication de canots d’écorce et de raquettes traditionnelles. –  Plus que des compétences, Pinock espère transmettre une vision du monde, celle que lui ont enseignée ses ancêtres par leurs traditions. Les objets traditionnels, rappelle-t-il, racontent l’histoire et parlent du territoire. Chacun de ses ateliers est une invitation à ralentir le rythme pour s’imprégner de la signification profonde des choses qui nous entourent : la nature et la recherche d’harmonie, l’artisanat et l’ingéniosité des ancêtres.

Ce que j’apprécie vraiment de ma culture, lorsque j’y travaille, c’est qu’elle permet d’apprécier l’intelligence de mes ancêtres.

Pinock grandit à une époque où l’on pratiquait l’artisanat avant tout par nécessité; comme les opportunités d’emploi étaient limitées dans sa communauté au tournant des années 1950, on se tournait vers l’artisanat pour gagner quelques sous, mais surtout, pour fabriquer les objets essentiels du quotidien. Pinock a vu son grand-père et ses oncles fabriquer les canots d’écorce, les luges et les raquettes dont ils avaient besoin pour se déplacer. Dès l’enfance, de son côté, il apprit à confectionner ses propres jouets. L’artisanat était au centre de la vie de tous les jours et ces objets racontent aujourd’hui une histoire : la sienne et celle de ses ancêtres.

Autrefois, ton éducation commençait dès le jour de ta naissance : on te plaçait dans un tikinagan, une planche de berceau, et ta mère te portait partout où elle allait. Lorsqu’elle travaillait, elle te plaçait contre un arbre ou bien elle t’accrochait à un arbre et de là, tu observais tout ce qui t’entourait. Tu te trouvais à la même hauteur que tout le monde, on ne te traînait pas au sol, donc tout ce que ta mère voyait, tu le voyais aussi. Jamais on ne t’enseignait, mais tu n’es pas autodidacte pour autant; tu apprenais par l’exemple et tous les exemples étaient bons, car dans ma culture, tout se résume à un mot et tout le monde vivait en conséquence : « respect ». Respect de soi et respect de tout ce qui vous entoure.

Pinock décida de quitter son emploi de charpentier au début des années 1990 pour renouer avec cet héritage. Il se souvient avoir dit à sa femme : « Je démissionne, je vais construire un canot! » Il alla retrouver son oncle, alors âgé de plus de 80 ans, pour lui annoncer la nouvelle. « Tu ne peux pas faire ça, lui répondit-il, tu auras besoin de moi pour t’aider! » Pinock eut donc l’immense plaisir de travailler et d’apprendre à ses côtés jusqu’au bout de sa vie. Le temps était à la curiosité et Pinock fut rapidement découvert dans les grandes villes comme Ottawa. Il ne retourna jamais travailler comme charpentier et il dédia l’essentiel de sa vie à la perpétuation et à la transmission du savoir-faire anicinabe.

Derrière la simplicité de ses enseignements se cache un message d’une grande richesse : la simplicité ingénieuse de l’artisanat anicinabe démontre la résilience des Anicinabek, qui ont su vivre des existences harmonieuses sur un territoire rigoureux. C’est cela que Pinock souhaite transmettre à la jeune génération : une appréciation renouvelée de son héritage, de son identité et, ultimement, de soi-même. De plus, remarque-t-il, l’artisanat anicinabe ne requérant pas de mesures précises, il laisse place à l’imperfection et favorise le développement de la confiance en soi et en ses instincts.

Il est possible de monter un canot en cinq jours. Dix jours, c’est mieux, bien sûr. Dix mois, encore mieux! Prenez votre temps.

Pinock est le fier porteur d’une tradition plurimillénaire, mais il ne se laisse pas emprisonner dans le passé pour autant. Il récolte en forêt comme au magasin à un dollar, selon ses besoins; il aime tendrement sa perceuse électrique et, pour préparer sa colle, il remplace volontiers la graisse d’ours pour une brique de graisse trouvée au supermarché. « Mon grand-père, rappelle-t-il, n’avait pas ces outils, mais il s’était très bien adapté à l’environnement dans lequel il vivait. Ce que je fais, c’est m’adapter à l’environnement dans lequel je vis! Je suis algonquin, pas idiot! », explique-t-il en riant de bon cœur.

Si la tradition anicinabe a traversé les millénaires, c’est qu’elle a su s’adapter. Il n’en est pas moins inquiet de la suite des choses : D’une part, les abus imposés à la nature fragilisent la pérennité des ressources nécessaires à son art; d’une autre, la culture et la tradition perdent de leur emprise sur la vie de la jeune génération. Pour lui, la préservation de l’une vient main dans la main avec l’autre, car l’artisanat est une porte ouverte sur la relation de l’homme à la nature. Maintenant que l’équilibre du monde est menacé comme jamais auparavant, Pinock a espoir que les messages de la tradition anicinabe – le respect, le juste partage et la simplicité – puissent rallier les peuples et éclairer la voie d’un changement de cap qui seraient bénéfique pour tous.

Nous avons poussé la pollution du monde tellement loin qu’il est aujourd’hui impossible de vivre de la terre. […] Le mode de vie autochtone était très simple: ce que l’on prenait de la nature, on le prenait avec respect. Se montrer respectueux et simplifier sa vie serait un bon point de départ.

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