« Quand je fais de la couture, je suis bien. Je ne vois pas le temps passer. Je peux rester là jusqu’à ce que j’aie mal au dos ou qu’il fasse noir. »
Barbara a grandi dans la forêt jusqu’à l’âge de 12 ans. Née à Lebel-Sur-Quévillon, elle a vécu à Rapide-Des-Cèdres, puis au camp Comtois, marchant chaque matin pour prendre l’autobus scolaire. Membre de la communauté du Lac Simon, la communauté d’appartenance de sa mère, Monique Wabanonik, son identité est ancrée dans quatre nations : son père est Wendat et Kanienʼkehá:ka et sa mère est Anicinabe et Eeyou. C’est le racisme vécu à l’école qui a poussé sa mère à l’envoyer au Lac Simon, là où elle a découvert l’artisanat qui se pratiquait dans la communauté. Elle habite aujourd’hui à Val-d’Or.
Dès l’enfance, Barbara s’exprimait plus facilement par le dessin que par les mots. Quand elle racontait son été au début de l’année scolaire, c’était en images. Cette manière de s’exprimer par l’art ne l’a jamais quittée. Elle bricolait dans la forêt, réparait ce qui pouvait l’être. Cette curiosité manuelle s’est naturellement prolongée dans les arts.
Les visites chez son grand-père ont particulièrement stimulé sa curiosité et sa créativité, qui sont restées au cœur de sa démarche.
« Ce qui m’a inspiré le plus, c’est quand j’allais chez mon grand-père Max [Gros-Louis] à Wendake. C’était décoré avec des objets Anicinabe. Il y en avait plein les murs. J’observais comment c’était fait. »
Elle a commencé à perler vers 8 ans avec sa mère. Deux ou trois ans plus tard, c’est en cinquième année du primaire, avec l’enseignante Monique Papatie au Lac Simon, qu’elle confectionne son premier étui. Depuis, elle n’a jamais cessé de coudre. Elle a cousu à la main jusqu’à 21 ans, moment où elle a acheté sa première machine à coudre.
« Je prends quelque chose, je regarde comment c’est fait, ou si ce n’est plus en bon état, je vais le défaire pour voir comment que c’est fait. »
Les médiums et la pratique
Bien qu’elle se concentre sur la couture, Barbara touche à plusieurs disciplines : la sculpture sur bois et sur pierre, le travail de l’écorce, les capteurs de rêves et la décoration avec des panaches d’orignal ou de chevreuil qu’elle peint, découpe et orne de plumes. Elle confectionne mocassins, mitaines, vestes, ponchos, regalias, et des ensembles complets de porte-bébé, soit un sac à couche, drap, chapeau et misapisin – moose bag – agencés.
Pour créer ses propres patrons, elle s’inspire parfois de motifs, dessinant, modifiant et ajustant plusieurs fois. Son rapport au matériau est intuitif. Lorsqu’elle reçoit une commande, elle travaille à partir des couleurs et des images demandées par le client. En temps de deuil, elle met son savoir-faire au service de la famille en créant des arrangements floraux funéraires à partir de panaches, d’écorce, de plumes et de peinture.
Une passion devenue métier
Formatrice chez Migona, l’atelier d’artisanat de Kitcisakik, Barbara supervise les employés et enseigne les techniques de couture, la prise de mesures et l’utilisation de la machine à coudre. En plus de donner des ateliers de couture en soirée, elle confectionne des parkas, ce qui représente plusieurs jours de travail. Bien qu’elle tente de distinguer ses créations personnelles de son travail, elle reconnaît que les deux s’entremêlent inévitablement.
« C’est une passion, j’adore ma job. »
Elle apprécie particulièrement le travail auprès des aînés, avec qui l’atelier devient un vrai échange. C’est auprès des kokoms qu’elle continue d’apprendre sa langue.
« On jase, on rigole. On fait un échange, tu m’apprends à parler l’algonquin, puis je te montre la couture. »
Les rêves et aspirations
Barbara a participé à un projet marquant : la confection d’une robe représentant pibon – l’hiver – pour l’exposition NIN. Cette expérience professionnelle l’a menée jusqu’au Nouveau-Mexique pour le Santa Fe Indian Market (SWAIA).
Elle aspire à suivre un cours de design de deux mois à Banff pour perfectionner ses compétences et réaliser son rêve de confectionner des robes de mariée. Elle rêve aussi d’un atelier-boutique où elle pourrait créer devant les clients, et d’un espace de travail désigné, spacieux et sans distractions. Plus largement, elle partage le souhait de voir émerger des espaces partagés dans les communautés, dans les villes, et partout où les artistes en auraient besoin.

